Dans une chanson intitulée, Vivre debout, Gilles Vigneault chante ceci : Sur ce caillou rond, sept milliards de têtes, la moitié qui vend, l’autre qui achète. Le conteur Fred Pellerin, de son côté, chante : L’argent du pain, l’argent du beurre, pis la chèvre, et pis le chou, pis tout c’qu’on a trouvé à dire : « C’est combien? » Façons de nous rappeler que nous vivons dans une société de consommation, que cela exige que nous ayons de l’argent pour acheter et qu’il nous faut vendre pour avoir de l’argent. L’argent fixe la valeur des biens matériels et même celle des humains : traite des esclaves, traite des femmes, traite des enfants, traite des noirs…
Le prophète Isaïe, quant à lui, fait parler Yahvé ainsi :
Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas?
Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses! Prêtez l’oreille! Venez à moi! Écoutez et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David (Is 55, 1-3).
Nous avons tous nos soifs nombreuses et diversifiées :
D’autres, en revanche, ont soif d’argent, de profits, de richesses; certains ont soif de domination et soif d’acquisitions de ressources. D’autres ont soif de luxe, de renommée et de prestige. Assouvir nos soifs exige des moyens pécuniers, car tout s’achète et se vend : on n’a rien pour rien.
La société de consommation contribue à faire de nous d’éternels insatisfaits; nous avons toujours soif de plus et de mieux, nous nous plaignons de ne pas en avoir assez, ce qui engendre fatigue, lassitude, inquiétude et déception. On ne sait plus de quoi nous nourrir et nous rassasier. On passe nos vies à chercher du bonheur stable ou à assurer le peu de privilège que nous avons.
Jésus rejoint le prophète Isaïe quand il nous parle des soucis qui nous grugent : « Si Dieu habille l’herbe des champs et qui, demain, sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! Ne vous inquiétez donc pas, en disant « Qu’allons-nous boire ? » Tout cela les païens le recherchent sans répit. Il sait bien, votre Père céleste, que vous avez besoin de toutes ces choses. Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu (Mt 6, 25ss). » Ce Royaume, ajoute Luc, que votre Père a trouvé bon de vous donner. Un passage qui laisse entendre un futur qui sera un don de Dieu; un passage qui invite à l’espérance et qui attend de nous de contribuer à bâtir ce Royaume de Dieu.
Bref, nous avons tous soif de ce Royaume d’amour, de justice et de paix, nous avons tous soif de Dieu, le seul qui pourra nous combler et nous rassasier. Ce Royaume, on le décrit comme un festin : « Vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses, nous dit le prophète, et Jésus nous dira « qu’il en va du Royaume des cieux comme d’un roi qui fit un festin de noce… où tous sont invités, mauvais et bons. »
Oui, venez, écoutez et vous vivrez, des paroles que Jésus reprendra : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. » L’eau dont parle Isaïe, Jésus se l’appliquera à lui-même : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi (Jn 7, 37). » De même pour le vin : « Prenez et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang. » Quant au lait, c’est Pierre qui, dans sa première lettre, écrit ceci : « Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait pur de la Parole de Dieu (2, 2). » Des images du Christ qui se donne à nous comme source de vie, comme eucharistie et comme Parole, pour nous nourrir et nous faire vivre, ces trois breuvages sont dons gratuits qui ne s’achètent pas et qui sont pour nous, de la part de Dieu un engagement d’alliance éternelle : des bienfaits garantis.
Jean-Pierre Joly ptre, (août 2026)