Ça se passe le jour de la Pentecôte. Pierre entouré des onze autres apôtres, prend la parole devant cette foule venue de plusieurs nations, pour la célébration d’une fête juive à Jérusalem. Luc, l’auteur de ce récit, présente Pierre debout qui élève la voix avec détermination; la foule constate que ces hommes ont changé, eux qui s’étaient enfermés, portes clauses et verrouillées au cénacle par peur des juifs dans un climat d’insécurité et de doute. La foule les voyait tellement transformés qu’elle les croyait ivres. Pierre, cet apôtre instable et souvent ambivalent leur apparaît debout, sûr de lui qui s’adresse à eux d’une voix forte et convainquante. Un peu plus loin dans le texte, Luc parle d’un Pierre qui adjurait, exhortait et encourageait. Une image impressionnante de l’Église apostolique qui décolle vraiment, elle qui était clouée comme un avion au sol prête à décoller. Une Église qui brûle du feu de l’Esprit Saint.
La parole de Pierre résonne avec la force d’une foi qui s’affirme : «Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié».» Des paroles qui émeuvent et ébranlent au point d’éveiller un puissant besoin de conversion; conversion qui va provoquer chez tous la réception du don de l’Esprit Saint promis par Jésus.
Pierre annonce ce message avec courage et audace; il agit avec bravoure car il pressent que ses paroles, tout comme celles de Jésus, vont soulever des menaces, des arrestations, des interdictions, des mises derrière les barreaux, des flagellations. Oui, Pierre fait preuve d’un foi brave . Bref, un décollage qui ne va pas s’effectuer sans risques.
Pierre s’inscrit et devra toujours s’inscrire dans le sillage de Jésus; un Jésus qui a résisté aux compromis, un Jésus dont le message n’est pas à négocier. Lors de ses tentations au désert, Jésus a opposé trois non catégoriques à celui qui tentait de le faire déroger de la mission confiée par le Père. Dans les évangiles, on souligne la solidité des paroles de Jésus : «Jamais homme n’a parlé comme cet homme.» Les foules sont touchées par des paroles qui s’avèrent radicalement différentes de celles des scribes et des Pharisiens. Jésus a acepté tous les risques que sa franchise et sa détermination vont provoquer. On a eu beau le piéger, le mettre à l’épreuve, Jésus a toujours afficher la vérité avec courage. Rien ne l’a conduit à démissionner de sa mission.
Le Pierre transformé par l’Esprit de Pentecôte, demeure à son tour une inspiration pour l’Église sans cesse tentée par la compromission, le silence, la crainte de déplaire ou en évitant la proclamation d’une Parole convainquante. Il lui faut, à la suite de Jésus et de Pierre, se laisser habiter par le feu et la puissance de l’Esprit Saint. Le cardinal dominicain Timothy Radcliffe l’écrit ainsi :
Jésus a toujours été explicite quant aux obstacles que le message évangélique rencontrera sur son chemin : «Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi… Le disicple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur.» Par contre, Jésus a tenu à rassurer les siens : «Lorsqu’on vous amènera devant les synagogues, les chefs et les autorités,, ne vous inquiétez pas de savoir comment vous défendre et que dire. Car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faut dire.» Pierre, au matin de la Pentecôte, a pu témoigner de ces paroles de Jésus et de cet Esprit Saint qui lui a soufflé quoi dire et répondre à ceux qui l’ont convoqué pour l’accuser. Au contraire, Pierre leur a opposé ceci : «Nous ne pouvons certes pas, quant à nous, taire ce que nous avons vu et entendu.» Les apôtres se sont souvenus de cette réplique de Jésus à ces quelques Pharisiens qui avaient demandé à Jésus de reprendre ses disciples : «Je vous le dis : si eux se taisent. ce sont les pierres qui crieront.»
Bien plus, Pierre et les siens, auront l’audace d’aller jusqu’à se considérer heureux d’avoir été trouvés dignes de subir des outrages pour le Nom de Jésus, faisant ainsi l’expérience de ce que Jésus avait déjà affirmé, lors du sermon sur la montagne : Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, que l’on vous percécute et l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi.» Ces fortes paroles vont résonner dans la première lettre de Pierre :
Une telle assurance pour proclamer l’Évangile, les apôtres la reçoivent de la part de leur communauté chrétienne : en effet, il est mentionné dans le livre des Actes des Apôtres que la communauté, après avoir écouté Pierre et Jean leur raconter leur emprisonnement à cause de la Parole, tous unanimes, s’adressèrent à Dieu en ces termes : «Accorde à tes serviteurs de dire ta Parole avec une entière assurance.» Traînés devant le Sanhédrin, scribes, chefs, anciens et tous les membres des familles des grands prêtres constataient l’assurance de Pierre et de Jean et, se rendant compte qu’il s’agissait d’hommes sans instruction et de gens quelconques, en étaient étonnés.
L’Église d’aujourd’hui, vit au milieu d’un monde en sérieux manque de souffle; un monde frileux exposé à mille compromis car privé de boussole. Une société errante, ne sachant où et sur quoi asseoir ses valeurs humaines et spirituelles. Un monde qui vogue à l’aveuclette, sans repères sur lesquels s’appuyer, Actuellement, l’Occident est en guerre sans savoir trop pourquoi : de fréquentes trèves ne reposent sur rien sauf sur d’éphémères compromis. Nos institutions ont perdu autorité et respect, tout va selon l’égoïsme et les intérêts de chacun. Un espace vide qui ouvre les portes à d’extrêmes mouvements de violence. La peur et la méfiance guident les pays entre eux, la corruption s’installe. Il ne se manifeste plus de saintes et justes colères face aux atrocités et à foule d’injustices. Récemment, une information on ne peut plus timide et discrète nous rappelait qu’actuellement le spectre de la famine plane encore sur des dizaines de pays et que l’aide alimentaire chute à plus d’un honteux niveau : une nouvelle qui rejoint peu de monde et dont les médias gardent le silence, ayant d’autres chats à fouetter : expension de l’armement, déplacements inquiétants de nombreuses populations, dépenses inutiles, pauvreté… Une nouvelle qui n’a suscité aucune réaction de colère. En ce qui concerne les bouleversements climatiques, indifférence crasse, incapacité de prendre et de respecter les actions et changements qui s’imposent. Nous sommes en manque de prophètes et de paroles engagées. Les jeunes générations se heurtent à de timides sinon absentes mobilisations. Bref, un monde en perte de sens, en train de faire naufrage dans une triste indiifférence et dans un mal-être qui perdure.
Au milieu de ce monde déboussolé, qu’offre l’Église, porteuse de la Parole salvatrice de Dieu? Elle ne peut rester immobile, collée sur le tarmac ; secrètement et timidement, le monde attend une nouvelle inspirante, fortifiante et espérante. L’Esprit Saint lui demande de décoller comme au temps de la Pentecôte; elle souhaite une Église debout, qui proclame à voix forte et déterminée le salut proposé par le message de Jésus. Comme l’apôtre Pierre, elle doit faire preuve de bravoure et de confiance; après tout, n’est-elle pas inspirée par le même Esprit qui transforma Pierre du tout au tout, ne craignant rien, ne comptant que sur le souffle de l’Esprit, une Église qui n’a pas à avoir peur des obstacles mais heureuse de souffrir par amour de l’humanité. A-t-on, comme Église quelque chose à dire? J’ai demandé à plusieurs personnes ayant la foi chrétienne de nommer les grands événemens qui marquent notre histoire chrétienne : aucune n’a trouvé à mentionner l’événement de la Pentecôte. La Parole qui jaillit du livre des Actes des Apotres leur est étrangère. L’Église ne pourra décoller sans s’inspirer du témoignage héroïque des premiers dsiciples. Et, je lisais quelque part, que les jeunes posent la question : «L’Église a-t-elle quelque chose à nous dire?»
En Église, nous sommes interpelés à faire connaître, à méditer, à prêcher le dynamisme du livre des Actes des Apôtres; livre que nos chrétiens ignorent, que notre calendrier liturgique ne prône pas. Il s’agit du livre qui raconte la foi tenace de nos ancêtres; leur bravoure, leur courage et leur extraordinaire fidélité au feu de l’Esprit Saint. Des premières communautés chrétiennes qui étonnent par leur témoignage : grâce à ce dynamisme, il y est raconté que la Parole de Dieu croissait et le nombre des disciples augmentait considérablement à Jérusalem; une multitude de prêtres obéissait à la foi. Leur assiduité à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières les stimulaient dans leur témoignage de foi. C’est encore dans ce livre des Actes que nous voyons combien la force de l’Esprit Saint donnait audace et force aux Églises d’Antioche, d’Éphèse, de Corinthe, de Rome, de Colosse, de Thessalonique, de Philippe et de combien d’autres. Tout cela malgré la persécution des judaïsants et le fait de vivre en milieu paiën.
À la suite de Jésus, de Pierre et des apôtres, à la suite de tous ces courageux disciples, profitons de cette nouvelle fête de la Pentecôte pour laisser l’Esprit nous décoller de nos peurs et de nos réserves.
C’est alors qu’ils se mirent à parler et que, depuis, résonnent encore ces Paroles de feu en l’Église et en chacun de nous les baptisés et confirmés.
Jeau-Pierre Joly ptre
Mai 2026